CINEMANIA 2026 : la jeunesse du cinéma, dans tous les sens du terme
Thierry Frémaux, micro en main, qui commente les premiers films des frères Lumière. Un orchestre de jazz qui accompagne en direct un documentaire sur la construction européenne. Jean-Pierre Jeunet, Sandrine Kiberlain et Jean Dujardin en personne. Du 4 au 15 novembre, CINEMANIA présente sa 32e édition, et une bonne part de ses moments forts se passent au Monument-National et au Théâtre Maisonneuve. Son directeur, Guilhem Caillard, nous présente une programmation qui fait dialoguer les origines du septième art et ses jeunes voix.
Comment résumer l’esprit de cette 32e édition?
CINEMANIA existe depuis 32 ans et place la défense du cinéma francophone au cœur de toutes ses préoccupations. Je pense que c’est aujourd’hui le festival de cinéma à Montréal qui attire le plus d’invités internationaux, venus de toute la francophonie. Cette année encore, on recevra de très grands noms. Jean-Pierre Jeunet viendra présenter Changer l’eau des fleurs au Monument-National le 5 novembre, et on en profite pour lui consacrer une mini-rétrospective. Sandrine Kiberlain recevra notre Prix du rayonnement artistique le 12 novembre, lors de la projection de Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi. Le lendemain, le 13 novembre, Jean Dujardin accompagnera Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli, présenté en gala. Si je devais dégager des axes, je dirais la genèse du cinéma, la francophonie et un regard particulier sur la jeunesse.
L’un des moments les plus attendus, c’est Lumière!, une séance où Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, commente en direct les premiers films de l’histoire du cinéma. Comment est née cette idée?
Le concept vient de Thierry Frémaux lui-même. Je l’avais vu faire ce genre de présentation au Festival du film francophone d’Angoulême et au Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, deux festivals avec lesquels CINEMANIA entretient des liens très importants. Le 10 novembre, il sera donc sur la scène du Monument-National pour commenter en direct les films des frères Lumière. Ce sera un moment de grâce, un moment unique. C’est ce qui marque cette édition : un retour à la genèse de l’histoire du cinéma.
La Belgique francophone est à l’honneur cette année. Qu’est-ce qui rend son cinéma si singulier?
Il y a une manière de raconter les histoires, un sens de l’autodérision et un regard sur le monde d’aujourd’hui qui sont typiquement belges francophones. Il y a quelque chose d’unique dans l’expression de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et c’est ce qu’on a voulu saluer. Plusieurs films du festival parlent de l’occupation nazie, mais Le faux Soir de Michaël R. Roskam, présenté au Monument-National le 5 novembre, pose sur cette période un regard que les autres n’ont pas. On connaît surtout ces histoires du côté français. Là, on découvre ce que c’était de vivre à Bruxelles sous l’occupation, à travers l’histoire vraie de résistants qui ont imprimé une fausse édition du journal Le Soir pour se moquer de l’occupant. Lukas Dhont fait la même chose avec la Première Guerre mondiale dans Les braves (Coward), présenté au Monument-National le 8 novembre. Il y a tout un historique de films américains et français sur cette guerre, je pense aux Sentiers de la gloire de Kubrick. Là, pour la première fois, on est dans les tranchées du côté belge, dans les bottes de jeunes soldats surtout francophones.
Autre proposition hors norme : un ciné-concert luxembourgeois. De quoi s’agit-il?
Le Canada est en train de se rapprocher de l’Union européenne, et c’était l’occasion idéale de confier à nos amis luxembourgeois, présents à CINEMANIA depuis de nombreuses années, l’organisation d’un ciné-concert. Le Luxembourg est l’un des pays fondateurs de l’Union européenne, peut-être même le plus européen de tous. Avec Bruxelles et Strasbourg, il accueille une partie des institutions européennes. Le documentaire Europe : la bataille des sièges de Donato Rotunno, un cinéaste que nous avons reçu plusieurs fois, raconte la longue bataille politique et institutionnelle qui a abouti à une capitale européenne en trois lieux. Pour rendre tout ça plus festif, on en fait un ciné-concert : le Singülar Orchestra, un ensemble jazz trinational qui réunit des musiciens luxembourgeois, belges et français, accompagnera le film en direct sur la scène du Monument-National le 7 novembre. Le Luxembourg est aussi un partenaire de coproduction très important pour le Québec, et une membre de notre jury Visages de la francophonie, l’actrice Astrid Roos, en vient.
Côté cinéma québécois, quels rendez-vous ne faut-il pas manquer à la Place des Arts et au Monument-National?
Il y a d’abord notre Gala de la 32e, le 9 novembre au Théâtre Maisonneuve, avec la première montréalaise de Villeneuve : l’ascension d’une légende de Yan Lanouette Turgeon. C’est un film très réussi, qui trouve une manière intelligente et très belle de raconter la Révolution tranquille à travers le personnage de Gilles Villeneuve. Le 6 novembre, on consacre une double soirée entièrement au court métrage québécois au Monument-National : deux séances consécutives et plus d’une dizaine de courts sélectionnés avec attention par nos équipes. C’est pour nous extrêmement important. Et je ne voudrais pas qu’on passe à côté du nouveau film de Rodrigue Jean, Labrador – Autopsie du silence, présenté le 11 novembre au Monument-National. C’est un vrai coup de cœur.
L’affiche de cette édition est tirée de Juste la fin du monde de Xavier Dolan, qui fête ses 10 ans et qui est présenté en rétrospective. Pourquoi cette image?
La philosophie, c’est d’investir dans la jeunesse : son énergie, son désir de demain, sa joie, et à travers elle le plaisir de la cinéphilie. Un festival, c’est un événement qui sert à avoir de l’espoir pour demain et à partager des découvertes. Il y a dans cette affiche une énergie positive, un sentiment d’amour et d’amitié, un élan vers demain. On y voit de dos un jeune homme qui soulève un enfant dans les airs : c’est Théodore Pellerin, dans l’une de ses premières apparitions au cinéma, qui incarne en quelques secondes la version jeune du personnage joué par Gaspard Ulliel. C’est à lui qu’on remet cette année le CINEMANIA d’honneur, un prix qui salue une figure du rayonnement du cinéma québécois à travers le monde. Et à travers Xavier Dolan, qui nous tient particulièrement à cœur, il y a aussi l’idée que le Québec peut prétendre devenir un grand leader international, pourquoi pas le leader du cinéma francophone de demain.
Aussi à l’affiche au Monument-National
Le festival s’ouvre le 4 novembre avec Paradis, premier long métrage de Jérémy Comte sélectionné à la Berlinale, qui entrelace les destins de deux jeunes hommes, l’un au Ghana, l’autre au Québec. Il se clôt le 14 novembre avec De la Comédie-Française de Bertrand Usclat et Martin Darondeau, une comédie tournée dans les coulisses de la salle Richelieu avec des membres de la troupe. Entre les deux, plusieurs films remarqués à Cannes : Notre salut d’Emmanuel Marre, prix du scénario, avec Swann Arlaud en rouage ordinaire de la collaboration (7 novembre), et Moulin de László Nemes, avec Gilles Lellouche et Lars Eidinger dans le duel entre Jean Moulin et Klaus Barbie (8 novembre). Le 15 novembre, on pourra aussi voir Garance de Jeanne Herry, portée par Adèle Exarchopoulos, puis L’affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, avec Charlotte Gainsbourg et Cécile de France, qui revient sur le procès de Bobigny.
CINEMANIA a lieu du 4 au 15 novembre 2026. Les billets pour les séances au Monument-National et au Théâtre Maisonneuve sont en vente à la Place des Arts à partir du 21 octobre.
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