LA(HORDE) et le Ballet national de Marseille: Chorégraphier l’hyperconnectivité
Le collectif français LA(HORDE) revient à Montréal avec Age of Content, une œuvre chorégraphique créée avec le Ballet national de Marseille, qui plonge au cœur de nos existences hyperconnectées.
Entre défilement morbide (doomscrolling), avatars numériques et saturation médiatique, le spectacle interroge ce que les écrans font à nos corps et à nos façons de vivre ensemble. Entrevue avec les trois membres fondateurs du collectif, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel et Marine Brutti.
Comment le spectacle Age of Content s’inscrit-il dans la démarche de votre collectif depuis ses débuts, il y a une quinzaine d’années?
Nous explorons ce que les écosystèmes numériques font aux corps : comment ils standardisent, accélèrent, contaminent nos gestes, nos désirs, nos peurs. Age of Content prolonge cette logique. C’est une traversée d’un monde où la catastrophe est médiatisée en continu, et où les corps cherchent quand même des manières de se relier, de résister, de s’inventer.
La structure du spectacle s’inspire du doomscrolling. Comment cela se traduit-il en langage chorégraphique?
La structure même de la pièce est conçue comme une logique de feed. Les tableaux s’enchaînent et se juxtaposent comme on scrolle : un fragment capte, excite, puis le suivant prend le relais, sans transition. Chorégraphiquement parlant, cela se traduit par des collisions de registres, des ruptures, des reboots. Notre dernier tableau, qu’on appelle « Tik Tok Jazz », incarne ce doomscrolling dans sa forme littérale : quinze minutes où les danseur·euses vivent un pic de dopamine, mêlant mèmes et extraits de danses virales à la manière d’une comédie musicale.
Le spectacle est présenté depuis 2023 ; quelle est la réception jusqu’ici?
L’accueil est très vivant, et parfois contrasté. La pièce crée du débat et on aime ça. Nous cherchons moins à produire un objet confortable qu’à créer un espace de friction, tout en restant profondément dans la danse.
Comment avez-vous travaillé avec les danseurs et danseuses afin d’incarner ces figures mouvantes et instables propres aux avatars en ligne?
Dans notre processus de création, on vient en studio avec les thèmes qu’on veut explorer, sous forme de matériel, d’images ou de textes. On s’est inspirés de mouvements issus de jeux vidéo hyperréels, comme The Sims ou Grand Theft Auto, conçus par des ingénieurs pour reproduire le mouvement humain. Faire interpréter par les danseurs·euses ces mouvements numériques souvent imparfaits, truffés de « glitchs » et de bugs, a créé un réel aller-retour : le contraste entre altération numérique et précision corporelle a profondément nourri notre écriture et notre approche de la pièce.
Votre première visite chez nous était en 2014, pour la création du spectacle Avant les gens mouraient en collaboration avec les finissants de l’École de danse contemporaine de Montréal. Quelle est votre relation avec Montréal?
Notre travail sur Avant les gens mouraient nous a beaucoup marqués. Il y avait là une liberté, une façon de s’emparer du plateau qui correspond à notre désir d’une danse poreuse, ouverte aux influences et aux urgences du présent. Depuis, nous avons gardé un lien affectif avec la scène montréalaise. Elle est exigeante et curieuse, elle accueille les formes hybrides, elle aime que la danse dialogue avec l’image, la musique, les cultures populaires.
Age of Content, par le collectif LA(HORDE) et le Ballet national de Marseille, présenté par Danse Danse au Théâtre Maisonneuve du 27 février au 7 mars 2026.
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