Michel Fugain : une belle histoire en 5 chansons

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Michel Fugain entretient une belle histoire d’amour avec le Québec, un peuple qu’il chérit et qui le lui rend bien depuis plus de 50 ans. Avec sa nouvelle tournée, qui s’arrête 10 soirs à la Cinquième Salle, il promet de faire voyager le public entre les souvenirs du Big Bazar et le monde de demain, dans cette ambiance de fête et d’humanité qui lui ressemble. C’est ce voyage que nous faisons avec lui, chanson par chanson. 

Une belle histoire : comment passe-t-on de la médecine au cinéma, puis à la chanson?  

Michel Fugain : C’est une série de hasards. J’ai d’abord quitté la médecine pour aller faire du cinéma après une rencontre avec le réalisateur Jean-Michel Barjol, alors que j’avais 21 ans. J’ai rapidement travaillé sur des tournages, notamment avec Yves Robert, mais je ne m’y retrouvais pas vraiment. Je suis un mec de bande et je n’avais pas de copains. Je n’aimais pas non plus la hiérarchie très marquée dans les équipes.  

Je me suis alors inscrit à un cours d’art dramatique pour rencontrer du monde. C’est là que je me suis lié d’amitié avec Michel Sardou. Un soir, il nous a dit vouloir passer une audition chez Barclay. Il avait des textes, alors on lui a lancé : « On va te les faire, tes chansons. » Le lendemain, j’ai pris ma guitare, j’ai commencé à composer, et j’ai découvert que les mélodies me venaient naturellement. On n’est plus jamais retournés au cours. 

On m’a ensuite présenté Pierre Delanoë, qui a retenu deux de mes compositions pour Hugues Aufray. Puis, en proposant une chanson pour Marie Laforêt, son directeur artistique m’a dit : « Si vous voulez, je vous fais chanter. » Je me suis dit : pourquoi pas? Et à partir de là, je n’ai plus jamais fait de chansons pour les autres. 

Chante : quel est le secret pour durer, comme artiste et comme chanson?  

M. F. : Dans tous les métiers artistiques, il faut être le plus près possible de ce qu’on est. Être artiste, c’est un métier très particulier : il faut d’abord être à nu. 

Qu’est-ce qu’un artiste dans notre société? Si c’est simplement quelqu’un qui se regarde le nombril, ça ne sert à rien. Le rôle de l’artiste, c’est d’être une facette de son peuple, de son public. 

Et pour une chanson, c’est un peu la même chose. Comment chanter encore – presque 60 ans plus tard – Je n’aurai pas le temps, écrite en 1967? Il faut que le plaisir soit intact! Je n’ai pas l’impression de traîner une vieille chanson. Je ne pense pas que les gens qui sortent du spectacle aient l’impression d’avoir vu un spectacle vieux. En revanche, ils traversent leurs souvenirs. 

Fais comme l’oiseau : vous avez multiplié les vols France-Québec au fil de votre carrière. Vous détenez le record d’assistance pour un spectacle francophone à la Place des Arts, où vous avez rempli la Salle Wilfrid-Pelletier pendant 21 soirs consécutifs en 1974. Quel est votre souvenir le plus marquant? 

M. F. : C’était la première fois qu’on venait au Québec. On arrive en janvier, et il tombe un mètre de neige dans la nuit. Nous, en bons Français, on se dit : « Il n’y aura personne, c’est sûr. » Et pourtant, à l’heure du spectacle, les gens arrivent en motoneige, en raquettes. Une image que je n’oublierai jamais : dans le foyer de la Place des Arts, tout le monde déposait ses affaires – les vêtements imperméables, les bottes, tout ça bien rangé – et, à la sortie, tout était encore là. J’ai dit : « Ça, c’est impossible en France. Ce n’est même pas imaginable. » 

C’est ça, le peuple québécois – pas seulement le public. Il n’a pas à tricher. C’est un peuple sans falbalas, avec une spontanéité que j’aime. 

Attention mesdames et messieurs : vous remontez sur scène à la Place des Arts, mais pour 10 soirs à la Cinquième Salle. À quoi peut-on s’attendre? 

M. F. : Je ne remonte pas sur scène, je ne suis jamais descendu. C’est une tournée particulière, notamment parce que les musiciens qui m’accompagnent sont des Québécois. Et pas n’importe lesquels : ce sont les musiciens extraordinaires de Robert Charlebois! Je lui ai d’ailleurs dit au téléphone : « Je t’ai volé tes musiciens. » 

Je ne veux pas cacher les musiciens, bien au contraire. Je veux qu’on les voie, parce qu’ils ont une belle énergie. Et la mise en scène en tient compte.  

Il y aura aussi des archives photo et vidéo pour raconter l’histoire des chansons. Je raconte également l’histoire du Big Bazar. 

Et puis, la Cinquième Salle, je la connais : je m’y étais déjà produit avec La causerie musicale. J’avais adoré cette proximité, parce qu’on a les gens sous le nez. Moi, je veux voir les gens. 

Jusqu’à demain peut-être : qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui? Que souhaitez-vous que le monde de demain retienne de vous? 

À 84 ans, je peux parler de demain, mais pas d’après-demain. C’est la vie, c’est comme ça. Je ne suis pas obsédé par la mort, même si j’y pense tous les jours.  

Je continue pourtant à préparer la suite. Je cherche encore la fin. J’ai encore des chansons à faire, au moins un album, ou peut-être un EP de six chansons. 

L’inspiration est toujours là, même si elle devient plus difficile. Je ne veux pas non plus que la fin soit un message trop grave. Je n’ai pas envie de laisser derrière moi un simple au revoir. Ce message-là, je l’ai déjà mis dans le spectacle, avec une chanson qui s’appelle Je laisse, une sorte de testament. 

C’est peut-être la chanson la plus applaudie du spectacle, parce qu’elle touche à quelque chose d’universel : qu’est-ce qu’on laisse? Qu’est-ce qu’on transmet? La chanson sert aussi à ça. Moi, je suis une facette d’un homme normal. 

Événement à venir

Auteur : Louise Edith Vignola Date : 2 avril 2026

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