L’éducation esthétique : une révolution culturelle en classe

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Depuis dix ans, le Programme Éducation de la Place des Arts transforme la façon dont les jeunes entrent en contact avec les arts de la scène. Plus de 35 000 élèves du secondaire ont déjà pris part à cette démarche unique, fondée sur l’éducation esthétique, une approche encore peu connue, mais porteuse de résultats remarquables.

Marie-Christine Beaudry
Crédit : Émilie Tournevache

À l’occasion de cet anniversaire, la directrice-professeure-chercheure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM, Marie-Christine Beaudry, spécialiste des activités culturelles en contexte scolaire et collaboratrice de longue date du programme, nous aide à comprendre pourquoi cette démarche change profondément l’intégration de la culture à l’école.

Comprendre l’éducation esthétique

L’éducation esthétique consiste à éduquer avec les arts, en transformant la rencontre avec l’œuvre en véritable expérience d’apprentissage. Plutôt qu’une préparation théorique ou magistrale à la sortie culturelle, on invite les élèves à observer des œuvres, à nommer ce qu’ils voient, à se questionner, à confronter leurs interprétations, puis à créer à leur tour. Autour d’un spectacle de danse, de poésie ou d’humour, ils jouent avec les mots, les gestes, les situations. « L’art devient un espace partagé où l’adulte guide, mais où ce sont les élèves qui explorent, ressentent, imaginent et construisent du sens », résume Marie-Christine Beaudry.

Au cœur de cette démarche, l’élève n’est plus spectateur passif : il devient acteur. Il cherche, essaie, crée ses propres scènes, invente des personnages, prend la parole. Cette posture active renforce la confiance, développe l’agentivité et donne une valeur réelle à sa pensée. Les effets sont tangibles. Les élèves redécouvrent la poésie, la danse ou le théâtre comme des formes vivantes, ancrées dans leur réalité. Plusieurs se découvrent des talents insoupçonnés. D’autres voient leurs camarades autrement : un ou une élève discret·e se révèle excellent en slam; un autre, perçu comme turbulent, dévoile une grande sensibilité. Ces transformations rejaillissent sur le climat de classe, souvent amélioré pour le reste de l’année.

Dix ans d’impacts concrets

Le corps enseignant, lui aussi, ressent les retombées. Plusieurs parlent d’un « second souffle », d’un plaisir renouvelé à enseigner et d’un sentiment d’être mieux outillés pour intégrer les arts dans leur pratique. Les artistes médiateurs et médiatrices de la Place des Arts qui travaillent en classe avec les élèves affinent leur posture professionnelle, développent un langage commun avec le personnel enseignant et gagnent en assurance dans leur rôle d’accompagnement culturel.

La force du programme de la Place des Arts réside dans la cohérence et la qualité de son dispositif : formation approfondie du corps professoral, ateliers en classe menés selon les principes de l’éducation esthétique, spectacles de très grande qualité, ainsi qu’un souci constant d’évaluation et d’amélioration continue.

Cette coconstruction, soutenue par une rigueur pédagogique rare, donne lieu à des expériences à la fois artistiques, éducatives et profondément humaines.

Après dix ans, une chose est claire : l’éducation esthétique aide à développer la créativité, la pensée critique, l’inclusion, l’empathie et la persévérance. Un programme qui renouvelle les pratiques, qui fait une différence durable et qui, année après année, continue d’élargir l’horizon culturel et éducatif de milliers d’élèves.


Date : 6 janvier 2026

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